Les Aventures de Celine : La Bibliothèque des coeurs cabossés de Katarina Bivald

Céline est une blogueuse française qui écrit des fiction mettant en scène ses romans préférés. Elles me font toujours rire et j’espère que vous les apprécierez aussi. Merci à elle de les partager.

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Résumé : Tout commence par les lettres que s’envoient deux femmes très différentes : Sara Lindqvist, vingt-huit ans, petit rat de bibliothèque mal dans sa peau, vivant à Haninge en Suède, et Amy Harris, soixante-cinq ans, vieille dame cultivée et solitaire, de Broken Wheel, dans l’Iowa. Après deux ans d’échanges et de conseils à la fois sur la littérature et sur la vie, Sara décide de rendre visite à Amy. Mais, quand elle arrive là-bas, elle apprend avec stupeur qu’Amy est morte. Elle se retrouve seule et perdue dans cette étrange petite ville américaine. Pour la première fois de sa vie, Sara se fait de vrais amis – et pas uniquement les personnages de ses romans préférés -, qui l’aident à monter une librairie avec tous les livres qu’Amy affectionnait tant. Ce sera pour Sara, et pour les habitants attachants et loufoques de Broken Wheel, une véritable renaissance. Et lorsque son visa de trois mois expire, ses nouveaux amis ont une idée géniale et complètement folle pour la faire rester à Broken Wheel.

Avertissement: « Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite »

Pour mémo: Episode 1 ; Episode 2 ; Episode 3 ; Episode 4 : Episode 5 ; Episode 6 ; Episode 7 ; Episode 8 ; Episode 9 ; Episode 10 ; Episode 11 ; Episode 12 ; Episode 13 ; Episode 14 ; Episode 15

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Salon du Livre de Paris

J’entre enfin dans le grand hall du salon, et une vague oppressante de chaleur m’assaille. Il y a du monde, beaucoup de monde. Une véritable marée humaine. Point positif, me fondre dans la masse va m’être facile. Point négatif, je déteste la foule. J’espère que ce n’est pas là un signe de mauvaise augure et que je ne vais pas griller dans le feu de l’enfer des Dieux-de-tous-les-trucs-de-la-mer-et-de-la-terre.

Malgré le climat tropical ambiant, je remonte encore un peu plus mon étole jusqu’à recouvrir mon nez. En me préparant ce matin, j’ai hésité à prendre mon écharpe-commando, celle dans laquelle j’ai percé deux trous pour ne laisser apparaître que mes yeux. Niveau anonymat, j’aurais eu tout bon. Niveau discrétion, j’en suis moins sûre. Je croise les doigts si fort que mes jointures blanchissent : j’espère que mon physique passe-partout me permettra de mener à bien ma mission. Au cas où, je remonte encore un peu mon écharpe.

J’avance prudemment en slalomant entre différents groupes de lecteurs qui sont plongés dans des conversations animées. Je tends l’oreille et capte quelques mots au passage. Je me joindrais bien à eux, mais m’oblige à continuer à avancer. Ne pas se disperser… Penser à la mission… Et aucun n’a le physique d’Aiden… Je serre un peu plus mon sac cabas tout contre moi. Il est jaune moutarde, et les bords sont un peu usés. J’ai pris ce que j’avais de plus grand à la maison. C’était ça ou ma valise. La capacité de stockage était tentante, mais ses roulettes ont tendance à grincer. DIS-CRE-TION. Mon vieux sac était le plus approprié. Je lève le rabat d’un petit geste sec pour vérifier que je peux l’ouvrir facilement. C’est bon.

Un homme corpulent me percute avec son épaule et marmonne quelques paroles fleuries. Quelques pas maladroits me permettent de rétablir mon équilibre. Je retiens le cri qui menace de s’échapper de ma gorge, mais le regard que me jette l’individu fait que ma vessie est sur le point de se rebeller. Le reflet d’un regard inhumain, cruellement divin, me transperce.

Je presse le pas pour me soustraire à ces pupilles qui me foudroient. Ce n’est peut-être rien, juste un regard lancé sous le coup de la colère, mais on ne sait jamais.

Les premiers stands sont derrière moi. Des piles de livres aux couvertures colorées s’entassent sur des tables. Je suis passée à côté de Roanne qui dédicaçait son livre, mais ne me suis pas manifestée. Discrétion et efficacité sont mes mots d’ordre.

Un stand présente une édition revue et corrigée d’Orgueil et Préjugé. Je fourre un exemplaire dans mon sac. C’est pour ça que je suis là. Ce salon est une concentration d’ouvrages susceptibles d’apparaître sur la liste-noire-des-livres-interdits, et je me suis fixée pour objectif d’en sauver le plus possible. D’où mon grand sac.

J’aperçois Melliane quelques stands plus loin. Elle me fait un grand sourire et se ressaisit aussitôt, réfrénant l’expression de joie qui avait pris possession de son joli visage. Sa veste sur le bras, elle fait mine de se promener nonchalamment à travers les livres. Mais je sais qu’il n’en est rien. Aujourd’hui, nous oeuvrons ensemble, mais séparément. Nous serons plus efficaces ainsi et couvrirons plus de terrain. Elle me fait une drôle de signe avec la main, et je fronce les sourcils. On a mis au point des codes, sauf que j’ai du mal à identifier celui-ci. Est-ce un « Tout va bien » ou un « J’ai envie de faire pipi » ? Je fronce encore plus les sourcils, et je vois qu’elle lève les yeux au ciel en signe d’exaspération. Je ne comprends absolument pas ce qu’elle veut me dire. Il va falloir qu’on retravaille tout cela.

Je m’arrête soudain devant la table la plus proche. Y trône « La bibliothèque des cœurs cabossés » de Katarina Bivald avec sa couverture si mignonne. Un rapide coup d’oeil autour de moi, et hop, dans mon cabas. Celui-ci, il faut le sauver.

Il réunit tous les critères pour la liste-des-livres-interdits. C’est un livre qui fait du bien, de ces ouvrages qu’on a envie de retrouver le soir après une journée intensive de boulot, qui vous caresse le cœur, qui vous accompagne de leur douce musique à travers un monde où les bons sentiments sont de mise. On pourrait lui reprocher une certaine naïveté, une candeur dénuée du cynisme et de la jalousie qui caractérisent le genre humain, mais moi, j’ai envie de croire en un monde tel que celui-ci. J’ai envie de croire qu’il existe des villages comme cela, où les gens sont prêts à tout pour changer et évoluer. Pour aimer… J’ai envie de croire au pouvoir salvateur des livres, au salut par la lecture… À la vie dans la lecture. À l’âme de tous ces livres auquel ce roman fait référence. C’est ce qui anime notre lutte finalement. Parce que oui, tout est prévisible, mais je me suis retrouvée en Sara et son amour des livres. Un livre, un moment… Et j’ai aimé Caroline et ses principes qui s’effritent peu à peu pour devenir une lionne prête à défendre les siens. J’ai aimé ce village qui réapprend à respirer, cet air que Sara insuffle peu à peu avec ses livres chargés d’histoire dans ces êtres qui ont trop souffert. Et j’ai retrouvé cette lecture, soir après soir, pour me plonger dans cet bulle protectrice bien loin de ma frénésie professionnelle. Oui, il mérite d’être sauvé.

Mon téléphone vibre dans ma poche. Je l’en extirpe à grand peine. C’est Melliane.
« Le Chat et Johanne sont là ».

Je pousse un soupir de soulagement. Notre quatuor est opérationnel. J’aperçois la chevelure flamboyante du Chat qui se déplace au milieu des professionnels. Comme si de rien n’était, elle ouvre son sac-à-dos et y glisse un ouvrage dont je ne distingue pas le titre. Notre lutte est engagée…

Nous nous mouvons comme des ombres dans cette salle comble à la recherche d’ouvrages à sauver. Johanne vient de passer devant moi, et son visage n’a pas trahi notre lien. Elle est forte, notre équipe. C’est une victoire qui nous attend à la fin de cette journée, je le sens. Les Dieux n’oseront pas agir ici, au su et au vu de tous. Pas besoin d’un Aiden finalement, nous sommes tout aussi efficaces sans !

Je continue mon avancée et souris doucement en voyant Roanne signer ses autographes. Elle est à l’abri… En sécurité…

Je butte soudain contre une plaque de carrelage mal scellée sur le sol. Je la fixe pendant quelques secondes. Mon instinct hurle à mon cerveau que quelque chose ne va pas. Le sol et les murs se mettent à trembler. Un grondement sourd déchire l’air…

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