Les Aventures de Celine : La Dame à la Licorne de Tracy Chevalier

Céline est une blogueuse française qui écrit des fictions mettant en scène ses romans préférés. Elles me font toujours rire et j’espère que vous les apprécierez aussi. Merci à elle de les partager.

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Résumé : Désireux d’orner les murs de sa nouvelle demeure parisienne, le noble Jean Le Viste commande une série de six tapisseries à Nicolas des Innocents, miniaturiste renommé à la cour du roi de France, Charles VIII. Surpris d’avoir été choisi pour un travail si éloigné de sa spécialité, l’artiste accepte néanmoins après avoir entrevu la fille de Jean Le Viste dont il s’éprend. La passion entraînera Nicolas dans le labyrinthe de relations délicates entre maris et femmes, parents et enfants, amants et servantes.

Avertissement: « Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite »

Pour mémo: Episode 1 ; Episode 2 ; Episode 3 ; Episode 4 : Episode 5 ; Episode 6 ; Episode 7 ; Episode 8 ; Episode 9 ; Episode 10 ; Episode 11 ; Episode 12 ; Episode 13 ; Episode 14 ; Episode 15 ; Episode 16 ; Episode 17

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Salon du Livre de Paris.
Une lueur étrange s’échappe d’une dalle de ce hall où la foule s’agglutine contre les issues de secours toujours closes. D’abord minuscule, ténue, de la taille d’une tête d’épingle, elle grandit, grandit, grandit encore pour finalement gagner tout de contour de la dalle.

Je recule instinctivement de quelques pas, Le Chat, Melliane et Johanne en font de même.<

– Euh, c’est quoi ça ? demande Le Chat en adoptant la position de garde du Krav Maga.
– Ça, ce sont les ennuis, je ne peux m’empêcher de lui répondre en fronçant tellement les sourcils que je ressens jusque dans ma chair la ride d’inquiétude qui me barre le front.

Un grondement sourd accompagne la lueur qui est devenue tellement aveuglante que nous nous servons de nos bras pour protéger nos yeux.
– De très gros ennuis, gémit Melliane dont les cheveux sont ébouriffés à cause de la pagaille environnante.

Le sol tremble maintenant plus violemment autour de nous. Des cris s’élèvent de la foule paniquée qui court sans but à travers la salle. Des tables de présentation se fracassent contre le sol dans un éclat retentissant, mais ce n’est rien en comparaison avec le vacarme qui provient de la dalle.

Nous reculons encore d’un pas, puis d’un autre.

La dalle tremble de plus belle, et s’élève soudain brusquement pour exploser dans les airs en une poussière si fine que nous ne la voyons pas retomber.

Comme un génie sorti d’une lampe, une première silhouette éclatante, suivie d’une deuxième, puis d’une troisième s’engouffrent dans l’espace ainsi libéré.

– De très, très gros ennuis, murmure Johanne en soufflant sur la mèche de cheveux qui lui retombe sur les yeux.

– Livre-vie, Le Chat du Cheshire, Melliane, Johanne, Encore vous ! tonne une voix caverneuse.

Les trois silhouettes lumineuses sont alignées dans un ordre parfait devant nous. L’ombre de ce qu’elles sont nous fait reculer encore d’un pas. Nous paraissons si minuscules à côté. Melliane passe son bras sous le mien, et j’en fais autant avec celui du Chat, qui saisit celui de Johanne. Notre chaîne humaine semble un bien mince rempart face à eux.

– Euh, salut! fait le Chat en accompagnant ses paroles d’un petit sourire engageant.

Je la fusille du regard, ce n’est pas le moment de faire ami-ami avec l’ennemi.

– Vous êtes pire qu’une épine dans le pied d’un cheval, il faut que ça cesse, rugit une deuxième voix tout aussi caverneuse.

Leur visage est flou, comme l’image brouillée d’un écran de télévision et si je ne parviens pas à distinguer lequel des trois vient de parler, je n’ai aucun mal à m’imaginer leur expression à ce moment précis : sourcils froncés, lèvres pincées, ils ne sont pas contents du tout. C’est même un euphémisme, ils sont furieux… Et ils n’arrêtent pas de grandir, comme le haricot magique de Jack. Il faut reconnaître que leur entrée est réussie, fracassante même. J’hésite à leur demander quel est leur truc, mais le troisième coupe à la racine toute envie de dialogue.

– Oui, il faut que ça cesse ! aboie-t-il en levant la main d’un geste rageur qui amplifie les tremblements du hall.

Il ne nous en faut pas plus. Avec une agilité digne des meilleurs espions, nous bondissons toutes en arrière.

– Il faut sortir de là ! hurle Johanne.

Je ne peux que hocher du chef en silence, j’essaye de récupérer mon équilibre mis à mal par ma manœuvre. Finalement, mon agilité n’est pas si digne d’un espion que cela, et j’ai failli en perdre mon sac, mon précieux sac qui contient tous les ouvrages à sauver.

Le Chat saute par dessus une table et dans son élan, projette un roman qui termine son vol dans mes bras.

Diantre, la Dame à la Licorne de Tracy Chevalier !

D’un geste rapide et sûr, je le fourre dans mon sac de livres-à-sauver, et me mets à courir en bramant :

– Mortecouille ! Guerroyons mes amies et pourfendons-les de nos lames !

Mes paroles de motivation n’ont pas l’effet escompté. Le Chat, Johanne et Melliane s’arrêtent net, et Rohanne, qui s’était cachée sous une table, sort la tête en disant :

– Mais elle a perdu la tête ou quoi ? »
– Que nenni ! Donnez moi une arbalestrie et partons faire bastaille prestement !

– Ça y est, on est foutues ! soupire le chat en évitant une chaise d’un mouvement de bassin.

La Dame à la Licorne ballote dans mon sac. Ce petit bijou qui tisse le récit tellement réaliste de l’histoire de ces célèbres tentures du XVè siècle. Servi par une langue et des mœurs qui nous immergent complètement dans le siècle à l’aube de la Renaissance, l’amour courtois (et pas si courtois que cela !) défie l’Histoire en retraçant les étapes de l’élaboration de ces fameuse tentures. Défilent les aventures de Nicolas de Innocents (pas si innocent que cela!), et des différents personnages féminins et masculins qui croiseront sa route. La narration alternée suivant le point de vue des différents personnages donne une richesse et une authenticité telles au récit que j’ai eu l’impression de remonter le temps pour finalement me rendre compte que la Licorne n’était pas forcément ce que je croyais (et j’en rougis encore d’ailleurs…).

Je saute par dessus une table qui vole et attrape au passage l’une des pancartes publicitaires. La tige métallique qui lui sert de pied fera une arme létale. Enfin, j’espère.

– Mes amies, je vous créant que nous allons occire ces mécréants.

– Elle parle des Dieux là ? demande une Melliane consternée qui ne peut s’empêcher de cueillir les ouvrages comme elle cueillerait des pommes. Son sac risque de craquer à tout moment.
– Nous ne pouvons pas fuir ! Peste soit des Dieux! Allons à la mortaille !
Les filles se sont arrêtées et me regardent d’un air navré.
– C’est foutu, tout est foutu… sanglote Johanne tout en jetant à la figure du Dieu le plus proche un paquet de mouchoirs en papier.
– Je vous avais bien dit qu’il fallait que j’amène un glouton… Il aurait fait le ménage et zou… grogne le Chat alors qu’elle dégaine son spray au poivre.
– Ou un éléphant, pour ouvrir les porte ! Ça aurait été pratique ! ajoute Melliane en se débarrassant de sa trousse de maquillage qui s’ouvre au contact de la poitrine de l’un des Dieux.
Son contenu se répand sur le sol, et j’aperçois quelques taches de vernis à ongle sur le vêtement immaculé de la divinité. Mes copines visent bien…
– Et je l’aurais mis où ? Dans ton sac ? glousse le Chat en faisant un pas en avant, spray au poing.
– Tu vois bien que je suis en train de faire de la place! rétorque Melliane qui s’entraîne au lancé de brosse à cheveux sur le même Dieu.
Elle met dans le mille une nouvelle fois, et le Dieu ébauche un mouvement de recul. Le Chat en profite pour appuyer sur la gâchette et un nuage de poivre recouvre la silhouette brillante qui se met à éternuer.Nous:1 / Dieux: 0Une lueur intense se matérialise devant moi, et je brandis ma pancarte dans un regain de fureur. Il est hors de question que notre lutte s’achève ici. La Dame à la Licorne mérite d’être sauvée. Je me suis attachée à ses personnages, et la fin est une jolie leçon de vie. Non, il en est hors de question.

Une deuxième lueur apparaît à ses côtés. Les Dieux me semblent encore plus grands.

– Quand je dis que les livres nuisent à la santé. En voilà un bon exemple ! s’exclame l’un d’entre eux, visiblement perplexe.

– Il va falloir la mettre en cellule d’isolement dans le Donjon, ça pourrait être contagieux, constate l’autre.

– Devons-nous courir le risque ? Le Donjon est bien dissimulé, mais peu isolé. L’on risquerait une pandémie!

Je songe à le transpercer de mon épée. Peut-être que l’effet de surprise serait là et que je pourrais nous débarrasser de l’un d’entre eux. Un de moins, ça serait toujours ça… Mais mon épée me semble bien fine, une aiguille face à un Dieu. Par contre, j’ai la volonté, et comme on dit, « À cœur vaillant, rien d’impossible. » Je prends une grande inspiration, prête à me lancer. Une petite voix sur ma gauche rompt le fil de mes réflexions.

– Les filles, eh, oh, les filles…

C’est Roanne.
Elle sautille frénétiquement en battant des mains devant une immense affiche publicitaire du salon, une de ces tapisseries modernes qui ornent les murs du hall.
« Il y a une sortie, là, derrière ! »
Toutes mes velléités d’occire un Dieu disparaissent soudainement. Nous aurons d’autres combats. La fuite n’est pas vraiment une défaite, nos sacs sont lourds des livres que nous avons déjà sauvés. Il faut parfois savoir se retirer. Alors, je fais ce que font mes amies, dans un style beaucoup moins élégant toutefois, je cours vers la sortie en hurlant pour prévenir la foule de cette issue salvatrice.
Nous allons bien ripailler je le sens, nous le méritons après un tel combat…

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